Travailler en Angleterre : quelles sont vraiment vos chances d’embauche ?

Quitter la France pour tenter sa chance de l’autre côté de la Manche n’a rien d’un saut de puce. Depuis la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, les règles ont changé, et l’aventure professionnelle à Londres demande désormais un solide dossier et pas mal d’anticipation. Le visa n’est plus un simple tampon sur un passeport, mais le sésame d’un parcours semé de conditions. Derrière les vitrines brillantes de la City, une réalité administrative bien plus corsée attend les candidats à l’embauche.

Comment obtenir un visa de travail en Angleterre ?

Depuis le Brexit, un visa est impératif pour chaque Français décidé à travailler légalement au Royaume-Uni, qu’il vise l’Angleterre, l’Écosse, le Pays de Galles ou l’Irlande du Nord. Exit la liberté de circuler et de s’installer : la porte s’ouvre désormais à ceux capables de répondre à une série d’exigences strictes. Le visa de travailleur qualifié, baptisé « Skilled Worker Visa », repose sur un système de points à décrocher. Le chiffre à garder en tête : 70.

Pour espérer obtenir ce visa, il faut cumuler des points sur la base de plusieurs critères. Voici les conditions à remplir, chacune assortie de ses propres points :

  • Maîtrise de l’anglais : Un niveau B1 est exigé, soit une aisance correcte à l’oral comme à l’écrit (10 points). Plus d’informations ici
  • Offre d’emploi validée : Un contrat signé ou une promesse d’embauche, dûment approuvée par le Home Office britannique (20 points). Plus d’informations ici
  • Poste dans un secteur en tension : Votre futur emploi doit figurer sur la liste des métiers recherchés (20 points). Plus d’informations ici
  • Salaire minimum annuel : Au moins 25 600£ (environ 30 000€). Pour certains secteurs ou profils (jeunes de moins de 26 ans, métiers en tension), le seuil est abaissé à 20 480£, soit 22 750€ (20 points). Plus d’informations ici

Le visa de travailleur qualifié peut aller jusqu’à cinq ans, avec possibilité de prolonger ou d’ajuster en cas de changement d’emploi ou d’employeur. Après cinq années sur place, il devient envisageable de demander la résidence permanente.

La démarche est à anticiper : il est possible de déposer la demande jusqu’à trois mois avant la date de début du contrat au Royaume-Uni. Une fois le dossier envoyé, l’identité vérifiée et les justificatifs transmis, la réponse arrive en général sous trois semaines si la demande part de France.

Combien coûte un visa de travail en Angleterre ?

Le visa de travail au Royaume-Uni a un prix, et il est loin d’être symbolique. Pour un visa d’une durée inférieure à trois ans, il faut compter 610£ par personne. Au-delà, la facture grimpe à 1 220£. Les travailleurs recrutés dans un secteur en pénurie bénéficient d’une réduction, avec des frais compris entre 464£ et 928£.

Pour ceux qui postulent déjà installés sur le sol britannique, le coût augmente : de 704£ à 1 408£ selon la durée. À cela s’ajoutent 624£ pour la couverture médicale annuelle, et il faut pouvoir justifier de 1 270£ de fonds disponibles sur un compte britannique pour faire face aux dépenses du début de séjour.

Est-il toujours possible de devenir au pair en Angleterre ?

Le séjour au pair, autrefois rite de passage pour de nombreux jeunes Français, n’a plus la même saveur outre-Manche. Les jeunes au pair partagent la vie quotidienne de la famille d’accueil, perçoivent de l’argent de poche, généralement entre 70 et 85 livres par semaine, mais n’entrent pas dans la catégorie des salariés. Pas de salaire minimum, pas de congés payés : le cadre est celui d’un membre de la famille temporaire.

Mais le programme bat de l’aile : aucun visa spécifique n’existe à ce jour pour les jeunes au pair, comme le rappelle la BAPAA, l’association des agences britanniques spécialisées. Impossible, donc, de prétendre au visa de travailleur qualifié pour ce type de séjour. L’horizon s’est nettement assombri pour les candidats au pair.

Est-il encore possible d’étudier en Angleterre ?

Partir étudier au Royaume-Uni reste faisable, mais le jeu se joue sans la carte Erasmus. Depuis janvier 2021, tout étudiant français qui souhaite suivre un cursus de plus de six mois doit obtenir un visa, facturé 348£ (environ 390€).

Là aussi, la procédure s’annonce rigoureuse : il faut fournir la preuve d’une inscription dans un établissement britannique, attester d’un niveau d’anglais suffisant (lu, parlé, écrit), et démontrer sa capacité à financer toute la durée du séjour. La demande se fait en ligne, directement sur le site du gouvernement britannique. Une assurance maladie couvrant les soins sur place est également requise.

Pendant leurs études, certains étudiants peuvent accéder à des petits boulots, mais le nombre d’heures autorisées reste limité.

Notre analyse :

Avant la rupture avec l’Union européenne, il n’était pas rare de croiser de jeunes Français venus à Londres pour perfectionner leur anglais tout en multipliant les expériences dans l’hôtellerie, la restauration, le commerce ou comme au pair. Ces parcours improvisés faisaient partie du folklore, et nombreux sont ceux qui en sont revenus avec des souvenirs (et un accent) à revendre. Cette époque est désormais révolue.

Le parcours d’accès au marché du travail britannique s’est refermé : niveau d’anglais solide, promesse d’embauche dans un secteur ciblé, démarches administratives lourdes… La compétition pour décrocher un job à Londres sera nettement plus rude, et le rêve d’un billet simple pour la capitale anglaise s’éloigne pour beaucoup.

Pour ceux qui souhaitent encore vivre une expérience à l’étranger et progresser en anglais, d’autres destinations plus accessibles gagnent en attractivité, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, par exemple, où le visa vacances-travail ouvre d’autres horizons.

Traverser la Manche pour travailler n’a jamais été aussi exigeant. Le Royaume-Uni a dressé de nouveaux remparts, et seuls les plus préparés franchiront la frontière. À chacun de choisir sa route, et de viser juste.