0,3 % des lieux-dits français évoquent le nom de Pompeu, souvent sans jamais faire écho à Pompée, le général de la Rome antique. Ces occurrences, dispersées entre le sud de la France et la Catalogne, s’imposent comme une anomalie linguistique. La logique toponymique semble s’y gripper, laissant les chercheurs sur leur faim et les cartes anciennes pleines de surprises.
Explorer la trace de ces noms sur les archives cartographiques, c’est se confronter à une géographie mouvante. Les localisations fluctuent, glissent parfois d’une colline à une vallée, ou disparaissent sans tambour ni trompette des répertoires administratifs. Entre usage officiel et tradition orale, la mémoire des lieux se brouille, brouillant du même coup la cartographie des territoires.
Les Pompeu dans la toponymie catalane : reflets d’une histoire et d’une identité vivante
La toponymie catalane n’a rien d’un simple décor figé : elle porte les marques du temps, témoigne des passages, des ruptures comme des filiations. Les villages, écarts et lieux-dits baptisés Pompeu jalonnent les anciens chemins du Vallespir au Conflent, jusqu’aux abords de Barcelone. Leur présence régulière n’est pas un hasard, mais le signe d’une profondeur historique. Chaque nom, chaque variante, raconte une histoire d’appropriation, d’adaptation, parfois de résistance face à la normalisation.
Le mot Pompeu ne surgit pas par accident, il descend du latin via l’usage populaire et s’est adapté aux habitudes linguistiques locales. Du royaume d’Aragon au comté de Barcelone, la racine a voyagé, se pliant aux évolutions du catalan central, résistant aux influences castillanes, occitanes ou françaises. Sur le terrain, la forme catalane a perduré, parfois en concurrence avec d’autres, marquant l’attachement à une identité régionale forte.
Pour comprendre cette diversité, il suffit de regarder les points suivants :
- Villages et lieux-dits : ils incarnent la persistance du catalan dans les échanges quotidiens comme dans les actes officiels.
- Traces sur les cartes : elles rappellent le lien entre vieille Catalogne, royaume de Valence et pays valencien, tissant une continuité qui dépasse les frontières politiques.
Les vieilles cartes du royaume de Majorque ou d’Alghero en Sardaigne révèlent, elles aussi, la persistance de cette toponymie. Le catalan y gagne une visibilité qui dépasse la sphère administrative : il s’affiche dans l’espace public, s’ancre dans la mémoire collective. À travers leurs différentes formes, les Pompeu racontent la vitalité d’une langue et d’une culture qui, du groupe occidental catalan aux franges occitanes, continuent d’affirmer leur singularité sur la carte des langues romanes.
Pourquoi ces noms de lieux racontent-ils les défis et l’évolution de la langue catalane aujourd’hui ?
Les noms de lieux catalans ne sont pas de simples étiquettes sur une carte. Ils portent le poids de débats, de choix parfois conflictuels. Derrière un lieu-dit ou un village, c’est la langue catalane qui s’affirme ou s’efface, confrontée au castillan, au français ou au portugais. Décider de conserver un nom catalan, d’en modifier l’orthographe ou de le remplacer, c’est trancher sur la place de la langue dans l’espace public. Ces arbitrages soulignent la complexité des défis linguistiques contemporains, particulièrement dans les zones frontalières ou dans les régions où le catalan partage l’affiche avec d’autres idiomes.
La politique linguistique mise en œuvre en Catalogne et au Pays valencien dépasse le cadre scolaire ou administratif. Elle s’incarne dans les noms de rues, les panneaux, les cartes, tout ce qui rend visible la langue catalane. Cette présence, parfois remise en cause, traduit la volonté de préserver les noms catalans face à la pression uniformisatrice du castillan ou du français.
Dans le nord, autour de Barcelone ou dans les villages du royaume d’Aragon, chaque toponyme témoigne d’une histoire faite de rencontres, d’influences, de ruptures. Le maintien ou la disparition d’un nom catalan n’est jamais neutre : il marque la vitalité ou le recul de la langue selon les choix politiques, les usages locaux, l’attachement des habitants. Les batailles autour des noms de lieux dessinent le portrait d’une évolution linguistique toujours en mouvement, où la toponymie catalane reste un indicateur sensible des équilibres identitaires du moment.
Sur la carte, chaque Pompeu inscrit le passage du temps et l’écho d’une voix. Loin d’être des vestiges, ces noms continuent d’interroger la place des langues minoritaires et la capacité d’un territoire à raconter son histoire, aujourd’hui comme demain.


