La Joconde de Léonard de Vinci est probablement le tableau le plus reproduit au monde. Depuis le vivant même du peintre, des copies circulent, exposées dans des musées, vendues aux enchères ou conservées dans des collections privées. Comparer ces reproductions à l’original du Louvre pose une question précise : qu’est-ce qui change entre la Joconde que tout le monde connaît et ses doubles les plus célèbres ?
Dimensions de la Joconde originale face à ses copies connues
L’original peint par Léonard de Vinci est un panneau de bois de peuplier aux dimensions modestes. Plusieurs copies historiques, réalisées à des époques et avec des techniques différentes, présentent des formats qui s’en écartent parfois nettement.
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| Version | Support | Format approximatif | Lieu de conservation |
|---|---|---|---|
| Original (Léonard de Vinci) | Panneau de peuplier | Plus petit qu’on ne l’imagine | Musée du Louvre, Paris |
| Copie du Museo del Prado | Panneau de noyer | Très proche de l’original | Museo del Prado, Madrid |
| Monna Vanna (atelier de Léonard ?) | Toile | Légèrement plus grand | Musée Condé, Chantilly |
| Copie d’Isleworth | Toile | Sensiblement plus grand | Collection privée, Suisse |
Ce tableau met en lumière un point souvent négligé : la plupart des visiteurs du Louvre sont surpris par la taille modeste du panneau original. Les reproductions, elles, adoptent parfois un format plus généreux, ce qui modifie la perception du portrait.
Copie du Prado : la jumelle presque parfaite
La copie conservée au Museo del Prado à Madrid a longtemps été considérée comme une réplique tardive sans grand intérêt. Une restauration menée au début des années 2010 a révélé un fond paysager dissimulé sous un repeint noir, redonnant à cette oeuvre une profondeur visuelle comparable à celle de l’original.
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Le format de cette copie est quasi identique à celui du panneau du Louvre. Le support diffère légèrement (noyer au lieu de peuplier), mais les proportions du portrait, le cadrage de la femme et la composition restent fidèles. Cette proximité suggère que le peintre qui l’a réalisée travaillait dans l’atelier même de Léonard de Vinci, probablement en parallèle du maître.
La différence la plus marquante ne tient pas à la taille mais à l’état de surface. Le vernis de l’original, jauni par les siècles, donne à la Joconde du Louvre une tonalité ambrée. La copie du Prado, après restauration, présente des couleurs nettement plus vives et un contraste plus franc. Elle offre paradoxalement une meilleure idée de ce que le tableau de Léonard devait donner à l’époque de sa réalisation.
Isleworth et Monna Vanna : des formats qui racontent une autre histoire
La Joconde dite d’Isleworth, conservée dans une collection privée en Suisse, se distingue par un format sensiblement plus grand que l’original. Le portrait y est plus aéré, avec des colonnes latérales visibles de part et d’autre de la femme. Ce cadrage élargi alimente depuis des décennies un débat sur l’authenticité de cette oeuvre.
Certains spécialistes de l’art y voient une version antérieure peinte par Léonard lui-même, d’autres une copie réalisée par un artiste de son entourage. La différence de format joue un rôle direct dans cette controverse : un cadrage plus large modifie la lecture du portrait. La Monna Lisa du Louvre, recadrée ou coupée au fil du temps, aurait pu présenter un format similaire à l’origine.
Monna Vanna, la version dénudée
La Monna Vanna, conservée au musée Condé de Chantilly, reprend la pose et la composition de la Joconde mais représente la femme les seins découverts. Le support est une toile, pas un panneau de bois, et le format dépasse légèrement celui de l’original du Louvre.
Cette oeuvre est attribuée à l’atelier de Léonard de Vinci, voire au peintre lui-même pour le dessin préparatoire. Son existence montre que la composition de la Joconde servait de modèle déclinable dans différents formats et registres.
Pourquoi la taille du tableau original surprend au Louvre
La célébrité de la Joconde crée un effet d’attente disproportionné. Les reproductions imprimées dans les livres d’art, les posters et les produits dérivés montrent le portrait en grand format, souvent recadré pour remplir une page entière. Le visiteur qui découvre le tableau au Louvre fait face à une oeuvre bien plus petite que ce qu’il avait imaginé.

Plusieurs facteurs accentuent ce décalage :
- Le tableau est protégé derrière une vitre blindée et présenté sur un mur dédié dans une grande salle, ce qui accentue par contraste sa taille réduite
- Les reproductions photographiques sont rarement accompagnées d’une échelle, et le cerveau associe inconsciemment un chef-d’oeuvre mondialement connu à un grand format
- Les copies historiques, parfois plus grandes, renforcent cette confusion lorsqu’on les découvre avant l’original
Ce phénomène n’est pas propre à la Joconde, mais il est particulièrement prononcé pour cette peinture en raison de son statut d’oeuvre la plus reproduite de l’histoire de l’art.
Ce que les copies révèlent sur les techniques de Léonard
Comparer les dimensions et les supports des différentes copies permet de mieux comprendre les pratiques d’atelier à la Renaissance. Les élèves et collaborateurs de Léonard de Vinci reproduisaient ses tableaux en suivant des cartons (dessins préparatoires à taille réelle). Quand le format d’une copie correspond exactement à celui de l’original, c’est généralement le signe qu’un report direct par calque ou poncif a été utilisé.
Quand le format diffère, cela indique soit une adaptation volontaire pour un commanditaire, soit une copie réalisée d’après un dessin intermédiaire plutôt que d’après le panneau lui-même. La copie du Prado, avec ses dimensions quasi identiques, plaide pour un travail mené côte à côte avec le maître. L’Isleworth, plus grande, suggère un autre processus de création.
- Support identique (bois) et format identique : probable copie d’atelier directe
- Support différent (toile) et format proche : copie réalisée d’après un carton
- Format nettement différent : adaptation libre ou oeuvre indépendante inspirée du modèle
La taille d’une copie n’est donc pas un simple détail technique. Elle constitue un indice sur la méthode de réalisation et la proximité avec l’original. Pour les historiens de l’art, mesurer une reproduction de la Joconde, c’est déjà commencer à raconter son histoire.

